Une belle parenthèse à Ban Simounkoun

Le 30 avril 2017

C’est le grand jour ce mercredi 19 avril, nous partons pour Ban Simounkoun, un petit village où nous allons passer 4 jours en immersion avec des Laos. Une expérience recommandée par nos amis Matthieu et Tchin qui sont passés dans la région l’an dernier. On ne sait pas vraiment ce qui nous attend mais on est ravis de se lancer.
Première étape de ce périple: trouver le bus qui passe par ce village… On y a arrive assez facilement mais c’est plutôt un grand

tuk-tuk qui est censé partir à 9h30. Il est 9h10, c’est parfait. Oui mais voilà, à l’heure de départ, il n’est pas plein ou du moins pas assez pour le chauffeur, nous devons donc attendre. Et finalement nous partons une heure plus tard avec 4 passagers supplémentaires et un porc (découpé) sur le toit. C’est à dire que pendant plusieurs heures, laviande va rester en plein soleil protégée par une fine caisse et quelques glaçons qui auront vite fait de fondre (sur nos têtes bien sûr). Heureusement, tout le monde rigole un peu de la situation et même si on ne se comprend pas, l’ambiance avec les locaux est géniale. Une petite mamie assise à côté de moi profitera même de mon épaule pour se reposer…
Voilà à peu près à quoi ressemble notre périple jusqu’à Nam Nga, premier arrêt de notre trajet. Et là il faut réussir à prévenir Noy (notre hôte dans le village voisin) qu’elle peut venir nous chercher. Après quelques refus, Matthieu trouve enfin quelqu’un qui appelle pour nous et nous n’avons plus qu’à attendre…

On cherche l'ombre en attendant Pierre

Quelques minutes plus tard, Pierre arrive par la rivière et nous prenons place dans sa barque. C’est un ami de Noy qui lui aussi vit au village. Après une vingtaine de minutes, nous débarquons enfin à Ban Simounkoun. Noy est là pour nous accueillir, elle prend nos bagages dans sa voiture et nous décidons d’aller chez elle à pied, à peine moins d’un kilomètres. Et pour la première fois nous découvrons ce petit village lao et… l’hospitalité de ses habitants. Matthieu et moi devons prendre quelques  verres de laolao offerts sur notre passage! L’estomac vide ça fait bizarre!
Heureusement en arrivant chez Noy un bon petit plat nous attend pour nous remettre d’aplomb.
La chaleur est accablante ici et Noy nous fait comprendre qu’à cette heure de la journée une sieste est la bienvenue… elle peut compter sur nous, ce voyage a été un peu fatiguant!
Une fois la chaleur un peu retombée nous repartons pour une petite balade dans le ville où les cris et les rires des enfants dominent. Tous sont dehors à jouer les uns avec les autres, les plus grands s’occupent des petits…

Le jeu du moment: montrer ses fesses aux copains

Et puis nous retrouvons Pierre qui travaille à l’agrandissement de sa maison. Mais il ne refuse pas un petit verre au bar du village situé tout près de chez lui et tenu par son ami Nouk, qui a toujours le sourire. Demain nous partons d’ailleurs avec lui pour découvrir les villages voisins. Il n’y a pas assez d’eau dans la rivière pour y aller en bateau comme prévu ça sera donc en voiture. Après ce petit apéro nous rentrons chez Noy et nous faisons la

connaissance de sa fille Mali qui a à peine 3 ans et qui comprend parfaitement le français. Pour ce premier dîner, nous avons droit à une spécialité lao: le laap (de la viande hachée avec des herbes), nous goûtons aussi du bambou et c’est franchement bon! Et le riz collant de Noy… un délice!

Cette deuxième journée à Ban Simounkoun est consacrée à la visite des villages alentours. Mais on commence par un bon petit déj préparé par Noy, au menu riz collant à la mangue avec lait de coco, c’est un régal!
Nous partons ensuite jusqu’au village à pied où Nouk nous attend avec son van. De là, nous nous élançons sur les « routes » ou plutôt le chemin qui relie tous les villages entre eux. Et le moins qu’on puisse dire c’est que ça remue, il y a des ornières partout mais Nouk n’a pas l’air plus inquiet que ça pour son véhicule, il a l’habitude.
Nous faisons un premier arrêt à Ban Nonkew, un village habité par les Kamous, une des nombreuses minorités ethniques de la région descendants des Khmers que l’on trouve principalement au Cambodge. Ici, nous arrivons directement dans l’école où il n’y a qu’un instituteur pour trois classes. Certains travaillent pendant que d’autres jouent, et le maitre trouve quand même le temps de fumer une petite cigarette sous le préau.

Mais on a beau dire, toutes les écoles, partout dans le monde, dégagent la même ambiance et les même sons: des cris, des rires, des bruits de cahier, d’écriture sur le tableau, de ballon qu’on frappe, de billes qui s’entre-choquent… parce qu’ici aussi on joue aux billes et même aux osselets. Sauf que les osselets ce sont des petits brins d’herbe, on fait avec ce qu’on a.
Après l’école, nous partons nous balader dans les rues du village. Rues, c’est un bien grand mot, ce sont des chemins assez poussiéreux où le temps est suspendu, il n’y a pas grand-monde dans les maisons: les enfants (pour la plupart) sont à l’école et les parents sont dans les champs ou sur l’eau pour pêcher. Restent seulement quelques mères avec leurs jeunes enfants.

 

Nous faisons ensuite une deuxième halte à Ban Hueifuan, un village habité par les Hmongs (le même peuple croisé dans le Nord du Vietnam). Ici, on se rend vraiment compte que les gens n’ont pas grand chose, ils vivent dans la misère on peut le dire. Les enfants marchent pieds-nus au milieu des copeaux de bois, juste à côté du père qui scie du bois, inutile de dire qu’il n’a pas de gants et qu’il travaille en claquettes! Noy fait tout pour qu’on se sente à l’aise, elle nous explique l’histoire de chacun et notamment de cette famille de cinq enfants, seules la mère et la grand-mère sont à la maison. Le père est en prison car un soir, après avoir consommé de l’opium, il s’en est pris physiquement à sa femme en lui plantant une hache dans la tête (vous avez bien lu). C’est Noy, venue pour une visite le lendemain, qui a découvert la femme blessée et qui a payé le médecin pour qu’elle soit soignée et recousue… (on devine sa cicatrice sur la photo).

La mère et trois de ses cinq enfants

Avant de quitter Ban Hueifuan, nous passons encore quelques minutes avec quelques femmes du village et puis nous reprenons notre chemin, direction Ban Koknan où vivent les Lao Leu, encore une autre minorité ethnique. Ici, une des spécialités est le tissage du coton, d’ailleurs nous allons chez une petite mamie qui le tisse chez elle. Elle nous fait une démonstration dès notre arrivée et nous fait même des bracelets avec le fil qu’elle vient tout juste de tisser.

Tout le monde a droit à au moins deux bracelets (un sur chaque poignets), pour Matt et moi, ce sera quatre de chaque côté. Chaque personne présente nous en a noué deux et à chaque noeud, il y avait un petit rituel pour nous souhaiter tout plein de bonnes choses pour notre avenir.C’est ensuite le moment de prendre le repas, toujours chez cette petite mamie… encore une fois c’est excellent, surtout ce riz collant maison qu’on adore…Après le déjeuner (et malgré la chaleur), nous faisons une balade dans Ban Koknan où tout est très calme, c’est l’heure qui veut ça. Nous trouvons quand même l’épicerie du village pour acheter un peu d’eau fraiche. Elle propose aussi de l’essence… Et puis nous terminons notre balade chez une autre fileuse de coton où nous achetons des serviettes de table faites maison, c’est quand même la moindre des choses vu l’accueil.

C’est ensuite l’heure de rentrer à Ban Simoukoun. La route est toujours aussi mauvaise et ça remue vraiment pendant près d’une heure. En arrivant, on mérite bien un petit verre au village chez Nouk. Demain, ce sera fermé parce qu’il part à Luang Prabang avec quelques personnes du village (dont Pierre). C’est comme ça qu’on comprend que Nouk, en plus de son petit bar-épicerie, est aussi chauffeur de van. Après cette pause, nous rentrons tout doucement chez Noy pour une fin de journée assez calme. Mais ce ne sera pas très long puisque la petite Mali est de retour pour nous occuper et nous faire l’animation!

Vendredi 21 avril, pour ce troisième jour ici, c’est un petit trek qui nous attend, une marche d’une quinzaine de kilomètres dans la jungle qui entoure le village. Le plus dur ne sera pas forcément les montées mais la chaleur et surtout l’humidité qui va avec.
Nous sommes accompagnés de Noy bien sûr, mais aussi de Pan, le fils de Pierre. Il a 25 ans, il ne travaille pas vraiment et passe ses journées au village. Il est le papa d’une petite fille de 3 ans qu’il ne voit pas car il est séparé de la maman. Noy nous explique que ce genre de situation est courant au Laos. Contrairement à ce qu’on pourrait s’imaginer, il n’est pas rare que des femmes élèvent seules leurs enfants parce que les hommes sont partis pour travailler ailleurs ou bien avec une femme ou tout simplement par confort personnel. Leur notion de la famille est très relative en fait. Pendant la marche, nous en apprenons un peu plus sur Noy… elle aussi s’est retrouvée avec ses trois garçons toute seule à Vientiane. Mais elle ne perd pas sa bonne humeur pour autant.

Deuxième étape du tissage, elle "bat" le coton

Nous traversons de superbes paysages, qui sont en train d’être bouleversé. Des pans entiers de forets sont rasés (et brûlés) pour créer des rizières, c’est impressionnant. Nous passons aussi par la source qui alimente le village en eau et puis nous nous arrêtons dans une petite cabane qui sera notre abris pour le déjeuner. Au menu: tout ce qui est à portée de main.Du jus de canne à sucre fraichement ramassée, salade de papaye juste cueillie… Que du naturel! Sans oublier le fameux riz collant qu’on adore.

Une fois le repas terminé, Noy nous fait comprendre que ce serait bien d’attendre un peu avant de repartir… elle a trop chaud. Pas de souci, nous non plus on n’est pas fans de marcher sous un soleil de plomb. En attendant, ce sera donc petite sieste sur les feuilles de bananiers, histoire d’éviter que des petites bêtes ne nous grimpent dessus.

Vers 14h, nous nous décidons à repartir et c’est sous une chaleur réellement accablante que nous rentrons vers Ban Simounkoun. Comme à l’aller, nous devons retraverser la rivière mais cette fois, nous ne résistons pas à nous baigner. C’est d’abord Noy qui se jette tout habillée dans l’eau (elle à même gardé ses chaussures). Oui, au Laos, les femmes se baignent habillées, il est mal venu de trop montrer son corps. Du coup, je fais pareil, je prends quand même le temps d’enlever mes chaussures et Matthieu aussi se lance tout habillé, on se dit que ça rince un peu nos vêtements!
Quel bonheur cette baignade, nous perdons tout de suite quelques degrés!

Opération épluchage de la canne à sucre

Une fois notre bain terminé, Noy, Matthieu et moi rentrons au bungalow tout mouillés. On a vraiment l’air malin à traverser le village comme ça.
Après une bonne douche, nous nous reposons un peu et puis nous retrouvons Noy pour préparer notre dernier dîner ici. On le savait depuis le premier soir, notre hôte veut nous faire manger des scarabées, et c’est pour aujourd’hui. En effet, depuis notre arrivée, elle en a ramassé des dizaines et les a stockés dans une bouteille…

La recette consiste à « peler » les petites bêtes avant de les jeter encore vivantes dans une poêle et de les faire revenir. Ensuite, elle sont broyées et mélangées à du piment. Ce qui donne un condiment moitié scarabées - moitié piment! Et il a fallu tester, honnêtement, vu la dose de piment on en sent pas grand chose-d’autre, mais ça passe!
Cette dernière soirée sera encore très animée grâce à la vigueur de Mali mais nous ne ferons pas long feu… la journée a été plutôt fatigante et demain c’est un long périple qui nous attend.

Ce samedi, c’est notre dernier réveil à Ban Simounkoun et nous prenons le temps de savourer l’excellent petit déjeuner de Noy avec son excellent riz collant à la mangue. Et puis nous faisons nos sacs avant un dernier tour dans le village pour dire au revoir. Nous croisons une dernière fois Pan, qui nous invite à manger une mangue (verte) au piment, pas franchement bon. Et puis nous passons du temps avec Mali et les femmes qui gardent tous les enfants du village.C’est ensuite, le moment de rentrer. Noy nous prépare une petite omelette avant de nous raccompagner à Nam Nga, où nous attendons un bus pour Luang Prabang.
Moins de 30min après notre arrivée, il y en a un qui passe, c’est l’heure de dire au revoir à Noy. Après quatre jours passés chez elle, et avec elle, c’est étrange de quitter ce petit bout de femme… On espère revenir un jour même si on sait que ça risque d’être compliqué. Mais nous partons d’ici ravis de notre expérience qui est une vraie immersion avec les Laos, pas une visite malsaine d’endroits où vivent les locaux.

Au bar du village, on attend le retour de Nouk

Sur la route jusqu’à Luang Prabang, nous croyons devoir nous arrêter à une première gare routière… mais c’est un échec, il n’y a que les bus vers Vientiane qui partent d’ici! Il nous faut donc négocier un tuk-tuk pour nous conduire à la vraie gare où, ouf, nous trouvons le bus réservé la veille par Noy au téléphone. Nous voilà prêts à quitter le Laos, un pays qui nous a vraiment enchanté par ses habitants, ses paysages, sa culture, son histoire… un vrai coup de coeur.
Il est 19h30 ce samedi 22 avril, nous montons dans un bus direction Huay Xai (ou Bokeo), dernière ville avant la Thaïlande!