La Terre de Feu, Ushuaia... le rêve devient réalité

Le 27 mars 2018

Ushuaia… ça se mérite. Au total près de 12h de bus depuis Punta Arenas, mais on sait qu’on ne le regrettera pas. Pendant ces longues heures sur la route, nous avons traversé des paysages très plats mais plus on approche d’Ushuaia, plus le relief se dessine. On aperçoit des lagunes, des sommets et enfin nous voyons le panneau « Ushuaia »! He bien ça fait quand même quelque chose… Ce lundi 19 février, on sait qu’on est arrivés au point le plus au Sud de notre voyage, d’ailleurs, on ne peut pas aller bien plus loin, il y a bien l’île Navarino en face et la petite ville de Port Williams (la vraie dernière ville au monde), mais les places pour y aller sont rares à cette époque, car réservées depuis des mois… ce sera pour la prochaine fois. On ne va pas faire les difficiles, on est quand même à Ushuaia, face au Canal de Beagle, et à quelques (centaines) de kilomètres de l’Antarctique! D’ailleurs ça se sent, il fait frais et le vent souffle assez fort.
A la descente du bus, nous découvrons une ville construite en étages, sur la montagne et donc… il va falloir grimper pour atteindre le B&B qu’on a réservé. Parce que oui, on s’est lâché, après plus d’un mois et demi sous la tente on a craqué. Il faut dire qu’on n’avait pas trop le choix, il n’y a pas de camping dans Ushuaia, alors quitte à prendre une chambre, on a fait les choses bien et on a eu raison! L’accueil était impeccable, la propreté un bonheur et le lit… des semaines qu’on n’avait pas eu un vrai matelas, il n’y a pas à dire ça fait plaisir!

Mais en attendant d’aller se coucher, il va nous falloir manger… bon ben, on y est… restau! Sur les conseils de notre hôte, on se retrouve dans une petite adresse fréquentée par pas mal d’Argentins (c’est bon signe) et effectivement, les prix ne sont pas exorbitants. C’est la journée, on se lâche: king crabe (la spécialité ici) et c’est un délice! Bref, une bonne soirée qui fait du bien au moral avant d’attaquer les prochains jours qui seront plus en mode « baroudeur »!

Mardi matin, après une vraie bonne nuit de sommeil, nous savourons le super petit déjeuner de notre hôtel. Une bonne douche chaude (certainement la dernière avant quelques jours) et nous partons dans les rues de la ville pour une petite balade et surtout pour retrouver Daniel, notre copain allemand de l’aventure Villa O’Higgins. Il est ici depuis quelques jours et va s’envoler demain pour Buenos Aires, c’est donc la dernière fois que nous nous voyons (au moins sur ce continent). Après les adieux, Matthieu et moi nous dirigeons vers l’agence de location de voiture où nous avons réservé un nouveau bolide… une superbe Chevrolet Accent, l’équivalent d’une vieille Opel Corsa à coffre!
 

Un arrêt au supermarché à l’extérieur de la ville (le pays où la vie est moins chère) et nous partons pour notre première étape dans la région : le Parc National de Terre de Feu (ça claque comme nom quand même)! Après avoir passé l’entrée et payer pour les trois jours sur place, nous arrivons sur ce qu’on peut appeler une plage, sur le détroit de Beagle, où est construite la dernière Poste au monde…

Donc là, c’est sûr, on se trouve bien au bout du monde et c’est impressionnant quand on y réfléchit. Toutes ces montagnes qui nous entourent, ce canal, cette eau transparente, ce ciel bleu… on se dit qu’on a de la chance d’être face à cette véritable carte postale. D’ici, part une rando qui longe le canal, nous empruntons donc ce chemin pour découvrir à chaque pas des points de vue différents.

Après quelques heures de marche (et une mini-averse, n’oublions pas qu’ici on peut avoir les quatre saisons en une journée)  nous sommes de retour au parking et partons en direction d’un premier camping pour voir comment ça se passe… et ça à l’air pas mal du tout.

Dernière poste au monde...

Nous décidons d’aller jusqu’au camping suivant pour comparer et surtout pour découvrir un peu plus le parc. Nous arrivons finalement à la fin de la Ruta 3. Cette route qui débute des milliers de kilomètres plus au Nord, vient se terminer ici, au bout de la Terre de Feu, et même au bout du monde. Les Argentins annoncent la couleur: « La Malvinas son argentinas »… comprenez: « on n’a pas digéré l’invasion anglaise des Malouines et pour nous ces îles sont toujours les nôtres! »

Cette dernière balade de la journée est aussi l’occasion de découvrir une nouvelle vue sur le canal de Beagle.

Mais il ne faut pas trop trainer, le soleil est en train de se coucher et avec lui c’est le froid qui arrive. Et avec tout ça, on n’est toujours pas installés. Nous décidons de repartir vers le premier camping que nous avons vu, il n’y a personne on devrait être tranquille pour passer la nuit. Et effectivement, il n’y a eu personne pour nous déranger… à part quelques petits renards qui tournent autour de nous et de la tente, plus par curiosité que par agressivité. Mais vu qu’il fait déjà nuit, impossible de les prendre en photo, les souvenirs resteront dans la tête.

Au réveil mercredi matin, nous entendons quelques gouttes de pluie mais qui s’arrêtent presque instantanément, fausse alerte. Après avoir pris le temps d’avaler un bon petit déjeuner, le ciel se dégage complètement et nous nous lançons à l’assaut d’un gros morceau… le Cerro Guanaco: presque 1.000m de dénivelé positif sur moins de 5km, ça promet de piquer dans les jambes. Cette rando est censée être la dernière avant quelques semaines alors on va essayer de tout donner.

Le début se passe très tranquillement, avant d’arriver au départ du chemin, nous marchons deux petits kilomètres le long du Lago Roca. Et puis les choses sérieuses commencent: ça grimpe sévère pendant de longues minutes à travers la forêt, pas très agréable pour admirer le paysage. Enfin après deux petites heures, nous arrivons sur une partie découverte et là, nous découvrons la dernière partie de la rando: qui monte à pic, dans un chemin plein de cailloux et on ne le sait pas encore exposé au vent. Mais avant d’atteindre cet ultime kilomètre, il faut traverser un immense champ de tourbière. On comprend que le chemin soit fermé en cas de trop mauvaises conditions, déjà là, il est difficile de ne pas s’enfoncer dans les herbes détrempées.Et puis nous attaquons cette dernière partie: difficile, surtout pour moi en fait. Le vent qui me fait perdre l’équilibre, les roches qui roulent sous mes pieds… mais enfin, on atteint le haut de ce Cerro Guanaco à 973m au dessus du Canal de Beagle, avec une vue à 360° sur un paysage à couper le souffle!

Vue côté pile...
Et la vue côté face!

On aurait envie de rester ici pendant des heures s’il n’y avait pas ce petit vent qui nous glace une fois à l’arrêt. Nous prenons quand même le temps de profiter et de reprendre des forces avant d’entamer la descente. On en s’en est pas rendu compte à l’aller, mais c’est quand même long… Nous sommes enfin de retour au bord du Lago et Roca et quitte à y être, nous décidons d’aller au bout du Parc National. 3km plus loin c’est la frontière entre l’Argentine et le Chili… sans aucune barrière. Juste un panneau qui interdit le passage, mais on est des fous, on est allés faire un tour au Chili!

sentiers (moins d’un km à chaque fois, ça va on ne va pas mourir) qui longe la route. La Laguna Verde, la Laguna Negra, des barrages construits par les castors, et puis nous ne résistons pas à un dernier détour jusqu’à la fin de la Ruta 3 pour admirer le coucher de soleil. Nous qui voulions nous installer tôt ce soir, c’est raté… mais c’est tellement beau de pouvoir profiter de ce paysage sous un ciel si dégagé, on a vraiment de la chance.

Enfin, nous sommes revenus vers la voiture… avec les jambes bien lourdes. Et comme on n’en a pas assez, nous décidons de nous arrêter pour faire

plusieurs petits

Comme la veille, nous installons de nouveau notre tente dans le camping situé le plus proche de l’entrée, il n’y a personne, c’est un vrai bonheur.
Au réveil jeudi matin, nous ne résistons pas faire un dernier tour de voiture dans le Parc, comme si on voulait prendre une dernière fois notre dose. Et à cette heure, il y a tout plein d’autre touristes, ils ne nous avaient pas manqué… mais au moins, on a droit à notre photo!

Nous quittons finalement le parc en fin de matinée, sans vraiment en avoir envie tant nous sommes sous le charme de ce que nous venons de voir ces dernières heures. Nous avons encore 24h avant de rendre la voiture et nous avons prévu d’aller voir de l’autre côté d’Ushuaia, à l’Est. Là, nous rejoignons la Ruta J: pendant de longs kilomètres, nous traversons des forêts et puis enfin, nous tombons sur les bords du Canal… ciel bleu, soleil splendide, eau limpide: on aurait eu tort de vouloir rester dans le Parc National! La vue est à couper le souffle et comme il n’y a ni nuages ni brouillard nous apercevons au loin l’île Navarino.

Là c’est le vrai bout du monde, les dernières terres avant l’Antarctique et c’est le Chili! Le pays remporte donc la vraie palme de la dernière ville au monde avec Port Williams, qui n’est pas bien grande et difficile d’accès (en avion ou en bateau à des prix souvent exorbitants). Mais même si nous n’y allons pas, nous pouvons dire que nous avons vu Puerto Williams (sur la photo c’est la bande blanche au loin… promis c’est la ville, nous sommes pile en face).

L'île Navarino en face et Puerto Williams à l'horizon

Nous longeons cette superbe route jusqu’à arriver à Puerto Almanza, un tout petit village, face au canal avec une vue splendide… c’est don icic que nous allons nous installer pour notre pique-nique. On pourrait y passer des heures tellement le paysage est splendide. Après une jolie balade le long de l’eau, nous reprenons la route dans l’autre sens pour remonter la Ruta J encore plus vers l’Est, jusqu’à l’Estancia Harberton. Mais vu le prix, on ne va pas visiter, on se contente de demander un accès à une des aires de camping aménagées par les propriétaires de l’Estancia. Notre permis en poche, nous continuons le long de cette Ruta J et passons devant les aires auxquelles nous avons accès, on ne devrait pas être mal cette nuit tant le paysage est dingue.

Après plusieurs dizaines de kilomètres parcourus dans la journée, nous décidons de faire demi-tour pour nous installer dans la première aire que nous avions vue, c’était finalement la plus agréable. Nous déployons la tente et Matthieu se met en tête de faire un feu pour nous réchauffer. C’est autorisé, on aurait tort de s’en

priver d’autant que les soirées sont quand même très fraiches une fois le soleil couché. Cette soirée sera une véritable parenthèse: personne aux alentours, la nature… on est au bout du monde et on ne se lasse pas de se le répéter, c’est vraiment un rêve qui est devenu réalité, nous l’avons atteint!

Le lendemain matin, il nous faut malheureusement quitter cet endroit idyllique, nous repartons vers la civilisation. Dernières photos, derniers arrêts au milieu de cette nature et nous sommes de retour à Ushuaia.

Un retour violent, avant de rendre la voiture, nous voulons poser nos bagages dans un hostel où nous sommes passés réserver avant de partir mardi. Mais visiblement, le papi qui gère ça ne se souvient pas de nous et n’a rien noté, traduction: nous n’avons pas de chambre!
Notre loueur veut bien que nous lui laissions nos sacs le temps de faire le tour de la ville pour trouver un endroit correct pour notre dernière nuit ici, histoire de partir sur une bonne note quand même. Les premières adresses que nous faisons ne sont pas franchement propres, pas de panique, nous allons dans un café: on en profite pour reprendre des forces et surtout utiliser le WiFi pour se dégoter un joli endroit. C’est ce que nous faisons en quelques minutes: chambre réservée, check-in en milieu d’après-midi, ce qui nous laisse le temps de nous balader.

L'ancien bagne

Nous voulons visiter l’ancien bagne mais à notre arrivée à l’entrée du musée, nous découvrons le prix… eh bien ce sera sans nous, les photos de l’extérieur nous suffisent finalement. Ils n’y vont pas de main morte quand même, plus de 20€ pour un musée dont la visite dure à peine deux heures! Pas grave, nous prenons le temps de flâner dans les rues d’Ushuaia, de profiter du soleil qui est (encore) au rendez-vous. Et puis après la (longue) pause de l’almuerzo, nous récupérons enfin nos sacs et direction l’hôtel. Après la belle montée dans les rues de la ville, nous arrivons enfin à destination et là, comment dire, on sent qu’on n’est pas les bienvenus. Pour la première fois dans notre voyage, on sent que notre hôte n’a pas envie de nous recevoir: il nous dévisage, nous toise, bref, on n’a pas l’air assez bien pour son établissement. Il n’a soit-disant pas reçu notre réservation, et manque de chance, c’est complet! Il veut bien appeler un ami qui a un hôtel… mais, comme c’est étrange, il ne lui reste que des chambres hors de prix! Il lui dit tout bas que nous sommes des « mochileros », comprenez des voyageurs en sac en dos synonyme de parasite dans sa bouche. Manque de

chance, nous avons l’ouïe très fine: « on voyage peut-être en sac à dos monsieur, mais on a l’argent pour payer, c’est clair? Et notre argent, c’est pas chez vous qu’on le dépensera! ». J’ai un peu passer mes nerfs, mais le résultat est là: toujours pas de chambre (ni de douche d’ailleurs…) C’est donc parti pour une tournée des grands ducs… des endroits chers, cra-cra, complets et personne n’a d’autre adresse à conseiller jusqu’à ce que je tombe sur un établissement, certes complet, mais avec un gérant hyper serviable qui me conseille une adresse… j’y cours et effectivement, on ne va pas chercher plus loin: c’est dans nos prix, c’est propre, et en plus c’est presque en bas de la ville! Enfin, nous avons notre douche chaude…

Après cette pause, nous repartons pour profiter une dernière fois d’Ushuaia. Balade le long du port, dans les ruelles et puis, petit apéro maison sur la terrasse de l’hôtel avec vue sur le Canal de Beagle, magnifique. Pour cette dernière soirée, on craque, ce sera restau… et pas n’importe lequel: un barbecue géant (la spécialité argentine) et… à volonté! Oui vous avez bien lu, à volonté. Inutile de vous dire qu’on s’est régalé, il n’y a pas à dire les Argentins, ils maitrisent l’asado (c’est barbecue en espagnol). Nous en profitons pour goûter une spécialité de la Patagonie le « cordero al palo », c’est-à-dire un agneau entier, empalé, cuit à la braise… voyez plutôt
Là aussi, c’est un vrai régal. On peut le dire, on a fait honneur à l’asado argentin!  

Inutile de préciser que nous n’avons pas bien faim au réveil samedi matin. Nous avons à peine le temps de réaliser que nous quittons Ushuaia et nous sommes déjà à bord du bus qui doit nous ramener à Punta Arenas… Ces

quelques jours en Terre de Feu resteront un des plus beaux souvenirs de notre voyage: se dire qu’on était là, tout en bas du globe, presque « la tête à l’envers » (pour la petite histoire c’était un des noms que Matthieu voulait donner à notre site internet). Bref, au bout du monde quoi, c’était dingue. On se dit qu’un jour on reviendra et cette fois on montera dans un de ces bateaux pour aller jusqu’en Antarctique mais en attendant c’est retour à Punta Arenas où nous allons retrouver notre petit hostel, et surtout Laurent, notre copain breton!  

Les petites infos en +:


Arrivée à Ushuaia: tous les bus déposent au pied de la ville, le long du port. Vous êtes à deux minutes du centre-ville.

Le Parque Nacional de la Tierra del Fuego (à 12km d’Ushuaia): entrée 500P (valable 3 jours, mais nous n’avons eu aucun contrôle). Possibilité de dormir dans le parc avec sa propre tente dans des campings bien désignés. Plusieurs randos et la plus belle (mais aussi la plus difficile): le Cerro Guanaco.
Pour y aller, il y a des bus qui partent du centre d’Ushuaia.

Ruta J : difficile à atteindre sans voiture mais le spectacle en vaut la chandelle!
Pour les campings, il suffit de s’enregistrer auprès de l’Estancia pour le nombre de nuits que vous compter rester et le tour est joué, c’est gratuit et vous pourrez même faire un feu pour vous réchauffer.