De Villa O’Higgins à El Chaltén, la traversée infernale

Le 7 mars 2018

Samedi 3 février… un jour qu’on n’oubliera jamais! Il nous aura fallu plus de 6h pour passer une frontière, mais pas à cause de l’attente, comme c’est souvent le cas, non… ici il a fallu marcher chargé pendant ces longues heures.

Ce samedi matin, nous avions réglé nos réveils à 4h30… en homme prévoyant, notre copain Laurent le Breton, qui a passé la semaine avec nous à attendre à Villa O’Higgins, vient nous réveiller à 4h28 exactement! Lui, est déjà quasiment prêt, ce qui n’est pas notre cas, ni celui de Daniel, l’Allemand. Chacun range ses affaires et comme prévu, nous arrivons à 5h30 devant le bureau de Marcus, ce bureau où nous sommes allés tous les jours pendant une semaine, où chaque fois on nous disait qu’il n’y avait pas de bateau qui partirait pour Candelario Mancilla… cette fois semble la bonne.

Sans prononcer un seul mot, le capitaine charge nos affaires et nous prenons la direction du port. Toute la petite équipe du Mosco est là: Laurent, Daniel, Franziska, Sandrine & Paul et nous deux! Au total, nous sommes 16 à embarquer. En découvrant notre bateau, nous commençons à comprendre pourquoi les sorties sur le lac sont réglementées, on ne peut pas dire qu’il semble insubmersible. Pas un brin de vent à l’horizon… nous quittons le port de Villa O’Higgins. On a tous du mal à réaliser qu’enfin, on y est, à bord de ce bateau qu’on a tant espéré. Mais déjà, la chaude ambiance du Mosco nous manque, on sait qu’on ne retrouvera pas un endroit comme celui-là de si tôt. Le début de la traversée du lac O’Higgins se passe sans encombre, on file sur l’eau, on aurait presque envie de terminer notre nuit. Après une bonne heure de navigation, nous sentons que nous commençons à rentrer dans le vif du sujet: les vagues sont de plus en plus hautes et on sent que ça souffle à l’extérieur. Ça ne durera pas longtemps, mais pendant un petit quart d’heure, on est franchement secoués et vu l’état du bateau, personne ne fait le fanfaron. Une fois ce passage un peu critique

passé, retour au calme et enfin nous apercevons Candelario Mancilla, c’est ici que se termine le Chili. A 22km, il y aura le poste de frontière argentin, entre les deux, il faudra marcher. A l’approche de Candelario Mancilla, une bonne trentaine de personnes guettent l’arrivée de notre bateau. On y pensait pendant notre attente à Villa O’Higgins: de l’autre côté de ce lac, il y a du monde et eux n’ont rien, à part un camping miteux qui profite de la situation. A leurs têtes, on comprend que les journées ont été longues ici, on lit aussi le soulagement sur leurs visages… mais il n’y a pas de place pour tout le monde. Certains vont encore devoir attendre le prochain bateau, peut-être cet après-midi, peut-être demain ou alors la semaine prochaine! 

Une fois débarqués, la journée est loin d’être terminée pour nous. On a entendu parler qu’il serait possible de se faire porter les bagages par une Jeep ou des chevaux, depuis ce fameux camping situé de ce côté du lac. Alors qu’une partie de notre groupe a décidé de continuer avec les bagages, avec Franziska nous décidons de partir aux renseignements. Je pars vers le camping, et là c’est un peu la douche froide: plus d’essence à mettre dans la Jeep (soi-disant), et pour les chevaux c’est 40.000 pesos par animal, sachant qu’il en faut deux (un pour le cavalier et un autre pour les bagages…) traduction il faut payer environ 120€. Eh bien ce sera sans nous, d’autres l’ont déjà fait, on devrait y arriver.

Nous voilà partis, chargés comme des mules, direction l’Argentine. Avant ça, nous devons d’abord sortir du Chili. Une frontière située à 1 kilomètre du port et déjà, ça grimpe un peu. Les carabineros sont ravis de nous accueillir, les

journées doivent être longues ici… ils ont envie de discuter. Mais on ne peut pas trop s’attarder, on a encore une vingtaine de kilomètres devant nous.

C’est reparti… et là, on est calmés direct: ça monte! Petit à petit, on vient à bout de ce chemin qui n’en finit pas de grimper. En regardant le GPS, on se dit qu’on avance quand même pas trop mal. Objectif avant de s’arrêter pour manger: l’aérodrome. On y arrive dans le temps qu’on s’était fixé.

Le temps de reprendre quelques forces et nous repartons déjà. Là, le soleil tape vraiment et pas un coin d’ombre pour s’abriter, en plus le chemin ne fait que monter et descendre… on s’accroche. Enfin, nous voyons le panneau qui nous dit que nous sommes en Argentine.

Mais on est loin d’âtre arrivés. La partie argentine de ce chemin s’avère être beaucoup plus compliquée que la partie chilienne. Un tout petit sentier, avec des troncs à enjamber, des rivières à traverser, des tourbières à éviter (ou dans lesquelles on s’enfonce)… bref, une purge dont on a du mal à voir la fin! Heureusement, au moment où les forces commencent à me manquer, on aperçoit au loin le Fitz Roy, cette montagne si particulière, qui est à côté d’El Chalten, notre but. Une vue superbe, qui nous fait presque oublier les douleurs que nous ressentons partout dans notre corps (surtout moi en fait, j’ai les genoux et les hanches, qui supportent le poids du sac, en compote).

Et enfin, après plus de 7h de marche, elle est là: la frontière argentine! On va officiellement rentrer dans le pays après des kilomètres bien douloureux. Le poste n’est rien de plus qu’une petite maison au bord du Lago Del Desierto, habitée par trois carabineros. L’un d’entre eux se charge de tamponner nos passeports et enfin… nous sommes officiellement passés en Argentine. Nous remettons nos sacs pour quelques mètres et nous nous retrouvons face au Lago del Desierto où nous retrouvons Franziska, Daniel et Laurent qui attendent déjà le bateau. Départ prévu à 17h30, ce qui nous laisse une demie-heure pour reprendre des forces et tremper nos pieds dans l’eau bien fraiche! On doit l’avouer, cette traversée n’a pas été une partie de plaisir à cause de nos sacs qui sont très (trop?) lourds, mais on est arrivés au bout!
La traversée du lac est plus paisible que celle du matin. Nous avons droit à une superbe vue sur le Fitz Roy et même sur quelques glaciers qui longent le lac. Une fois de l’autre côté, on découvre qu’il n’y a pas de bus pour nous conduire jusqu’à El Chalten, juste un camping, qui nous commande une navette pour le lendemain matin.

Heureusement que nous sommes tous exténués parce que la qualité du camping n’est vraiment pas au rendez-vous. Nous avons tout de même un joli point du vue sur un glacier, qui veille sur nous. Une brève soirée tous ensemble et au lit tout le monde (après une bonne douche chaude).
Au réveil dimanche matin, les courbatures se font ressentir mais ça ne dure pas bien longtemps. Un bus est là pour nous, direction El Chalten où une journée de repos sera la bienvenue!

Les petites infos en +:


Bateau Villa O’Higgins - Candelario Mancilla: 35.000P par personne
A Candelario Mancilla, possibilité de se faire porter les bagages: 40.000P par cheval (au moins deux, donc c’est très cher) ou 10.000P par sac jusqu’à la frontière argentine s’ils veulent bien utiliser leur Jeep.

Bateau Lago Del Desierto: 700P par personne (possibilité de le faire à pied)
Bus Lago del Desierto - El Chalten: 250P par personne (négocié car nous étions un groupe)

Pour dormir pendant la traversée: côté Chili, un camping à Candelario Mancilla. Côté Argentine, un camping au poste de frontière et un second de l'autre côté du Lago del Desierto