Des kilomètres et des rencontres sur le Plateau des Bolaven

Le 2 avril 2017

Enfin! 24 heures de trajet et un passage de frontière (à lire ici) plus tard, nous voici à Pakse. La ville n’a rien de particulier, mais elle est le point de départ pour découvrir le plateau des Bolaven. Ah si, il y a quand même le plus grand marché du pays, parce que la ville est un des principaux passages pour les camions de marchandises qui voyagent entre le le Vietnam et la Thaïlande.
Après une assez longue négociation avec un chauffeur de tuk-tuk, nous débarquons en fin d’après-midi chez le loueur de moto que tous les voyageurs nous ont recommandé, il s’agit de « Miss Noy », tenu par un Belge (francophone) marié à une Lao. A peine arrivé, il nous donne toutes les bonnes adresses: où nous loger, retirer de la monnaie locale, manger… Il nous propose même de garder nos sacs le temps de dégoter une guesthouse. Nous trouvons notre bonheur à quelques minutes à pied de chez lui, sur les bords du Mékong. Le temps de prendre une douche et nous sommes de retour chez Yves (c’est le nom du loueur), pour assister à

la réunion d’information quotidienne qu’il propose à tous ceux qui veulent louer un scooter pour découvrir le plateau des Bolaven. Il nous donne toutes les bonnes adresses, des conseils de visite et d’itinéraire… Une vraie agence de voyage à lui tout seul ce garçon!Nous ressortons de chez lui une petite heure plus tard avec une réservation enregistrée pour le lendemain matin. Ce soir, nous prenons juste le temps de savourer un vrai repas (le premier au Laos) et nous filons au lit: on a quand même une nuit blanche passée dans le bus à rattraper!

 

Mardi 21 mars, c’est le grand jour… départ pour le Plateau des Bolaven, on est tout content de partir découvrir cette région. Un départ un peu retardé par notre guesthouse: la fille qui a la clé du placard dans lequel sont consignés les passeports est partie au marché. Nous devons donc attendre sont retour pour récupérer nos papiers d’identité. Ce qui nous laisse le temps de prendre un bon petit déjeuner et de prendre possession de notre monture.
Enfin, un peu avant 11h, nous pouvons nous élancer sur les routes laotiennes…

C'est parti pour quatre jours!

La route tout le long du plateau est parsemée de tout plein d’arrêt pour admirer des Tad (chutes), visiter des plantations de cafés, de thé, rencontrer des minorités…
Premier arrêt chez Mister Vieng, où nous pouvons visiter une plantation de café. C’était sans compter sur une énorme averse qui nous force à rester à l’abri autour des tables installées près des arbres. C’est là que nous faisons la connaissance de Coline & Alex, un couple de Parisiens (d’adoption), tous les deux sont en voyage pendant 6 mois entre l’Asie et l’Océanie… forcément nous avons beaucoup de choses à nous raconter.

Quand la pluie se calme enfin, il est déjà plus de 15h et on apprend que Mister Vieng n’est pas là aujourd’hui, il est parti en ville. Pas de visite, nous sommes un peu déçus. On doit avouer que son café est très bon même si on n’en connaît pas vraiment tous les détails.
Nous reprenons la route avec Coline & Alex… Direction Tad Lo. Tad veut dire « chutes », et il y en a beaucoup sur le plateau, c’est donc un mot qui va revenir souvent dans les prochains jours.
Arrivés dans le petit hameau près des chutes, nous déposons nos sacs dans une guesthouse: chez Mama Pap. C’est un concept: un immense dortoir avec des lits doubles, et surtout des plats énormes. Il ne faut pas être à cheval sur l’hygiène, mais sinon ça passe.
Une fois nos sacs déchargés donc, nous partons pour Tad Lo. Une petite marche qui nous amène face aux chutes.

Les garçons tiennent absolument à se baigner, il paraît que c’est possible ici. Mais il faut un peu remonter la rivière. C’est ce que nous faisons, mais nous atterrissons du mauvais côté. En gros, tout le monde se baigne face à nous. Les garçons décident de piquer une tête, pendant que  Coline et moi nous nous retrouvons avec toutes les affaires sur le bords de la rivière. Même pas peur, nous décidons de traverser un peu plus haut, en sautant de pierre en pierre. Au début, tout se passe bien… mais au fil des minutes, le niveau de l’eau monte dangereusement (bah oui, on avait oublié un détail: ils ouvrent un barrage en amont tous les jours vers 16h30!). Nous décidons finalement de faire demi-tour avant de nous retrouver coincée au beau milieu de la rivière, Matthieu et Alex doivent même nager jusqu’à nous pour éviter qu’on ne soit emportées par le courant… bref, une belle perte de temps puisque Coline et moi devons reprendre la chemin que nous avons emprunté

à l’aller pour essayer de rejoindre les garçons sur l’autre rive.Mais il semblerait qu’on ne se soit pas compris… Bref, eux sont rentrés directement à la guesthouse (en caleçon), ne nous voyant ils sont partis à notre recherche… sans se croiser, ce petit manège a duré une bonne heure et finalement à la nuit tombée nous avons retrouvé nos deux amoureux sur les bords de la route (toujours en caleçon) qui rentraient vers la guesthouse!Cette première soirée sur le plateau sera bien sympathique entre la bonne humeur de Mama Pap, nos aventures de la journée, la douche plus qu’archaïque de la maison…Pendant la nuit, nous entendons quelques petits bruits dans le dortoir mais personne n’ose vraiment s’inquiéter.

Au réveil ce mardi 22 mars, tous les occupants du dortoir ont passé une mauvaise nuit… préoccupés par les bruits et les petites bêtes qu’on entendait courir sur le plancher! Et on se l’avoue enfin, on est tous d’accord: il y avait bien des rats qui faisaient la fête à quelques centimètres de nos têtes! Autant dire que personne ne fera de vieux os dans le dortoir ce matin!
Bref, nous partons de Tad Lo avec de bonnes anecdotes entre les rats et la baignade épique, on s’en souviendra.
Après un énorme petit déjeuner (on ne va pas se laisser abattre quand même), nous enfourchons de nouveau nos montures et nous faisons quelques kilomètres en arrière pour voir Tad Soung. Nous arrivons sur des chutes asséchées et les garçons sont un peu déçus parce que la baignade sera du coup assez rapide.

Après avoir profité de la vue qui est quand même bien sympathique, nous reprenons la boucle en direction d’un village ethnique, Kokphoungtai. La communauté qui vit là continue à suivre des traditions hors du temps. Pour nous Occidentaux, leurs moeurs sont quasi-incompréhensibles. L’exemple le plus choquant est le mariage dès 5/6 ans pour les petites filles avec des hommes de 50 ans. Il a aussi le fait de fumer… dès l’âge de 2 ans, puisque pour eux la fumée protège du mauvais esprit, des maladies, des moustiques…
La visite du village se fait en compagnie de Captain Hook, un homme d’une trentaine d’année (il ne sait pas exactement son âge, il soupçonne son père d’avoir oublié un ou deux ans). A l’adolescence, il a quitté son village pour APPRENDRE. Il a été à l’école, parle parfaitement anglais, et a même des notions de français. Après avoir refusé les deux premières femmes imposées par ses parents, il a accepté le mariage avec la troisième (et donc le retour dans son village) sous la menace de son père de le renier.

Pendant la visite de son village et de leurs champs, il nous expliquera toutes sortes de choses sur leurs coutumes. Autre exemple: en cas de décès accidentel, la famille du défunt doit vivre pendant 5 ans dans la forêt puisque d’après les traditions, la famille a été frappée par le mauvais oeil.
On ne peut pas tout raconter ici, mais on peut dire que cette rencontre nous aura remis les idées en place. Il nous faut bien un café maison pour nous remettre de tout ça.

Après presque 3 heures passées à Kokphoungtai, nous repartons sur les routes. L’heure avance mais nous décidons quand même de nous arrêter dans une ferme où on produit du thé et de la soie. Encore une fois, nous allons apprendre tout plein de choses, grâce à Nood (surnommée Noodle, parce qu’elle adore les… noodles!). Cette jeune guide est passionnée par ce qu’elle nous raconte, elle aussi parle un excellent anglais, c’est un plaisir de discuter avec elle.
Vers 17h30, nous remettons enfin en route, et il est temps puisque la nuit sera là dans une petite demie-heure. Et forcément, les derniers kilomètres seront un peu compliqués: route détrempée, menace d’une nouvelle averses, nuit noire, phares aveuglants de voiture… Nous arrivons tout de même à destination: tout près de Tad Houakhon, au P&S Garden où ce sera une nuit sous la tente avec vue sur les chutes!

Jeudi matin, pour ce troisième jour sur le plateau des Bolaven, nous sommes censés découvrir la plus belle partie de la boucle. Nous avons encore pas mal de kilomètres à faire mais effectivement les paysages sont de plus en plus beaux.
Nous arrivons finalement à Tad Tayicseua où nous prenons enfin le petit déjeuner et c’est parti pour une petite rando dans la forêt… Il y a plusieurs chutes à voir ici, et c’est pas bien compliqué, elles sont numérotées. Disciplinés, nous commençons par la numéro 1 que nous voyons d’un peu loin. Nous partons donc à la recherche de la Numéro 2, et là le spectacle est vraiment pas mal.

Captain Hook avec sa femme et un des ses trois enfants

Nous continuons la marche (sous une chaleur des plus humides) pour atteindre la dernière où, enfin, nous pouvons faire trempette! Posés dans la rivière, c’est vraiment agréable. Avec le débit de l’eau, nous avons droit à un jacuzzi naturel, c’est top!
Nous nous remettons en route en voyant les nuages noirs monter dans le ciel… mais nous ne serons pas assez rapides pour passer entre les gouttes. Pour la première fois depuis trois jours que nous sommes à l’abri pendant les averses, là nous prenons une véritable douche. Mais au final, vue la chaleur, ça fait presque du bien.
Nous arrivons enfin au petit resto au départ de la marche pour nous mettre à l’abri. Nous attendrons là encore une petite heure que la pluie s’arrête, pour pouvoir nous mettre en route. Après quelques kilomètres, nous choisissons de nous arrêter dans des petits bungalows, avec en prime vue sur les chutes, Tad Alone. Après le dortoir, la tente, un peu de confort nous fait le plus grand bien!
Pour cette dernière soirée avec Coline et Alexis, ce sera détente et repas prolongé sur la terrasse des bungalows, parfait!

 

Ce vendredi 24 mars, dernière journée sur le Plateau des Bolaven. Plus d’électricité au réveil (sans mauvais jeu de mot, c’est courant ici!), impossible pour notre hôte de nous préparer le petit déjeuner. Nous partons donc le ventre vide à la recherche d’une bonne adresse… et nous trouvons une petite terrasse en bord de route avec vue sur les plantations de café.
Nous reprenons enfin notre route et au fil des kilomètres, nous nous rapprochons des chutes les plus visitées de la région, celles qui sont les plus proches de la ville de Pakse.
Nous faisons un premier arrêt à Tad Yuang, et une nouvelle fois, la vue est superbe. Nous ne nous attardons que quelques minutes avant d’aller jusqu’à Tad Champee, quelques kilomètres plus loin. Et là, les garçons sont aux anges: ils peuvent se baigner. Ils ont même une petite embarcation pour aller directement sous la chute…

Et puis, forcément, c’est l’heure: la bonne averse quotidienne! Heureusement, il y a un petit abri en bordure de rivière où nous pouvons attendre une accalmie.
Enfin, après avoir fait sécher les casques (bah oui, eux n’étaient pas à l’abri) nous nous arrêtons à la dernière chute de la boucle: Tad Fane, la plus haute du pays, 140m. Et même de loin, c’est impressionnant à voir.

Après avoir profité du panorama, c’est l’heure de repartir et bien sûr, ça ne nous était pas arrivé depuis le départ: on crève! Heureusement, nous sommes de retour dans la ville, et il y a une petite échoppe à quelques mètres. En moins de 10 minutes, le problème est réglé et heureusement, le loueur nous avait donné le prix d’une chambre à air: pas besoin de marchander pendant des heures et surtout pas besoin de s’énerver.
De retour à Pakse, nous devons quitter Alex et Coline. Eux, prennent ce soir un bus pour le Nord, et pour nous c’est direction Champasak, à une trentaine de km de la ville.
Après ces 4 jours passés ensemble, ça fait bizarre de se quitter mais si tout se passe comme prévu nous devrions nous retrouver dans le Nord du Vietnam dans deux petites semaines!