Potosi, de l'argent pour les mineurs

Le 17 janvier 2018

Les petites infos en +:


Bus gare - centre-ville : 2BOB / personne
Entrée Torre : 10BOB / personne
Musée de la Monnaie, entrée gratuite et visite guidée uniquement
Visite des mines avec l’agence Big Deal Tour : 150BOB / personne

Pour ne pas changer, après notre bus de nuit depuis La Paz, nous débarquons au petit matin à la gare routière de Potosi. Elle est assez éloignée du centre-ville, pas la peine d’imaginer y aller à pied, il faut trouver un bus. Ils passent tous à l’extérieur et nous trouvons rapidement notre bonheur. Il nous dépose près de la place centrale mais il est encore très tôt… on décide de prendre un petit déjeuner, avec l’estomac plein, nous pourrons partir à la recherche d’un hostel. Et ce n’était pas une mince affaire. Comme depuis le début de notre périple ici, il semblerait que les standard d’hygiène ne soit pas les mêmes que nous. Nous pensons nous installer dans un premier hostel quand les garçons partent en éclaireurs dans un dernier… la perle rare! « Ça sent le propre », voici leur argument. Inutile de dire que c’est le bon, nous déménageons rapidement dans cet autre hostel, tenu par une Française.
La chambre n’est pas prête mais nous pouvons profiter d’une bonne douche chaude qui nous refait une santé, parce que pour tout vous dire cette nouvelle nuit dans les transports ne nous a pas franchement réussi.

En attendant de pouvoir faire une petite sieste, nous partons pour une première balade dans les jolies ruelles de Potosi, à presque 4.000m d’altitude. La ville était une des plus riches à l’époque coloniale grâce à son Cerro Rico, la montagne qui abrite les fameuses mines d’argent. C’est ici qu’étaient frappées toutes les pièces du Royaume d’Espagne et de ses colonies. On dit qu’avec l’argent extrait on pourrait construire un pont entre Potosi et le Vieux Continent, mais on pourrait faire de même avec le nombre de mineurs qui ont trouvé la mort dans ce Cerro Rico.
La balade nous conduit jusqu’au marché où Matthieu, Audrey et Dax prennent un almuerzo… je n’ai pas faim et j’en suis plutôt contente parce que ce qui arrive n’est pas franchement appétissant.

Enfin, l’heure de récupérer notre chambre a sonné et nous pouvons rentrer pour faire une petite sieste indispensable pour Matthieu et moi. Nos compagnons, eux, semblent plus frais peut-être parce que c’est le début de leur voyage.

Une fois reposés, direction la Casa Nacional de la Monedad, le musée consacré à l’âge d’or de la ville. C’est dans ce palais, qui s’est agrandi au fil des années, que les esclaves de la colonie fondaient l’argent et frappaient les pièces. La visite se fait uniquement avec un guide, vous ne pouvez pas être seul… mais la bonne surprise c’est que dans le groupe nous retrouvons Louis, notre jeune Québécois rencontré quelques mois plus tôt à Salento en Colombie.

Après ces retrouvailles, nous commençons la visite pendant laquelle on nous explique le processus de fabrication des pièces avec d’énormes presses en bois. La guide nous parle aussi de l’histoire de la ville, du pays et des mineurs. La grande question, pour nous, est de savoir si le tour dans le mines est une bonne chose, c’est un peu l’activité phare ici. Mais est-ce que ça ne fait pas trop zoo d’aller voir comment ils travaillent? Sa réponse est claire: pas du tout. L’argent généré par ces tours et les petits « cadeaux » que font les touristes pendant la visite sont des avantages utiles aux mineurs, ils ne se sentent pas offensés, au contraire, ils ont besoin de ce que le tourisme leur amène même si ce n’est pas grand-chose, c’est toujours ça de moins pour eux à débourser.
Notre guide a fini de nous convaincre, à la sortie du Musée nous faisons un tour des agences. Certaines proposent des prix vraiment bas, on se dit qu’il ne doit pas rester grand-chose aux mineurs à la fin. On se laisse le temps de réfléchir le lendemain puisque nous serons encore sur place.
Ce soir, c’est courses au marché… uniquement des légumes hein, on n’est pas suicidaires et soirée à l’hostel avant une bonne nuit de sommeil.

Vue sur l'immense Casa de la Moneda

Jeudi matin, on profite un peu de pouvoir se reposer et en fin de matinée direction « El Hornito » pour goûter les Salteñas, des sortes d’empanadas qui sont les spécialités de la ville. On arrive en plein service, c’est la pause de 11h pour les locaux, il y a du monde qui attend. Enfin, nous goûtons ces petites choses qui sont vraiment excellentes.

Nous partons ensuite dans les ruelles de la ville à la découverte de tous les jolis bâtiments coloniaux et des églises qui rappellent l’histoire très riche de la ville. Des ruelles avec des vendeurs ambulants, des enfants qui courent, des femmes en tenues traditionnelles… on se sent bien ici. Nous continuons notre chemin jusqu’à l’Eglise San Francisco qui abrite une tour d’où la vue sur la ville est imprenable.
Cette journée est aussi consacrée à la recherche d’une agence pour faire la visite des mines le lendemain. Audrey & Dax passent leur tour, ce sera uniquement pour Matthieu et moi. Mais avant de se décider, nous rentrons à l’hostel pour profiter du WiFi et enfin poster les pages de la Colombie… oui, on a du travail qui nous attend encore! Mais toute cette histoire avec notre van puis le Pérou avec la famille ne nous ont pas poussé à nous y mettre.

Mais nous n’avons toujours pas réservé pour le lendemain. En fin de journée, sur les conseils d’amis, nous poussons la porte de l’agence: « Big Deal Tour », tenue par des mineurs, des vrais. Après une longue présentation et déjà pas mal d’explications, nous décidons de partir avec eux le lendemain matin. C’est un peu plus cher que les autres agences mais on leur fait confiance. Quand

d’autres agences nous ont dit que l’usine de transformation des métaux était fermée au public eux nous expliquent qu’ils sont en fait les seuls à pouvoir entrer parce qu’ils sont mineurs justement. Nous verrons bien ce que ça donne le lendemain.En attendant, on s’accorde un joyeux apéro dans une petite institution… moitié bar, moitié grossiste en alcool avec uniquement des hommes à l’intérieur. Forcément, nous sommes les seuls étrangers mais l’accueil est très chaleureux, surtout un gentil chauffeur de bus qui insiste pour payer sa tournée… à moins de 2€ chacun ira de la sienne! Mais on ne s’attarde pas trop, ici tout ferme à 21h et le gérant risque gros s’il dépasse l’heure légale. Et c’est tant mieux, demain, il faut quand même se lever.

Photo souvenir avec notre nouveau copain!

Vendredi matin, Matthieu et moi retrouvons un petit groupe devant l’agence. Six personnes au total, trois Américains, un Italien et nous. Les groupes se forment, nous seront avec l’Italien pour les explications en espagnol, les autres auront la visite en anglais.
Après quelques minutes de bus, nous faisons un premier arrêt au marché des mineurs. C’est ici qu’ils trouvent tout ce dont ils ont besoin pour travailler: bottes, gants, casques (quand ils en ont un), eau gazeuse mais aussi alcool à 95°, qu’ils boivent et donnent en offrande au dieu de la mine (on y reviendra plus tard). On trouve aussi des sacs entiers de feuilles de coca, c’est grâce à ça

qu’ils tiennent des journées entières sous terre. La coca a plusieurs effets comme couper la faim mais aussi faire « planer » quand on la mâche en grande quantité. Et c’est le cas des mineurs qui en ont toujours une énorme boule dans la bouche, sans cette coca ils ne pourraient pas travailler comme ils le font. Quand l’effet de la coca s’interrompt c’est qu’ il est temps pour eux de faire une pause et de prendre l’air. En vente libre dans ce marché aussi: de la dynamite! Le seul endroit dans le pays où c’est autorisé. Cette visite est aussi l’occasion pour les touristes que nous sommes d’acheter quelques « cadeaux » qu’on donnera aux mineurs quand nous serons avec eux. Nous décidons d’acheter de la coca et quelques boissons gazeuses qui leur permettent aussi de s’hydrater là-dessous.

Nous partons ensuite pour la seconde étape du tour: un hangar dans lequel nous nous habillons en mineur! Combinaison, bottes, casque, lampe frontale… nous voilà prêts à descendre. Mais avant ça, nous faisons un passage par l’usine d’extraction des métaux. C’est ici que les mineurs viennent chaque fin de semaine vendre ce qu’ils ont sorti de la mine. Notre guide nous explique que l’usine achète au rabais des métaux qui valent bien plus ailleurs dans le monde mais ici tout est corrompu, surtout les laboratoires qui examinent la roche. Les mineurs le savent et s’en contentent… ou presque. Leur situation est de plus en plus difficile et récemment ils se sont rebellés en assassinant leur ministre. Un cri de détresse de ces gens qui sont traités à part dans la société. Tout ça, notre guide nous l’explique sans tabou et nous pouvons lui poser toutes sortes de question.

Une mise en scène qui met un peu mal à l'aise au milieu du marché

C’est enfin l’heure de grimper vers le Cerro Rico… cette montagne qui a perdu 400m de hauteur depuis que les mines existent. Après quelques explications, nous rentrons dans un premier tunnel et au bout de quelques secondes, la lumière est déjà loin derrière nous. On n’a pas intérêt à perdre notre guide parce qu’on ne saurait pas ressortir mais nous ne sommes que trois, ça devrait aller. Dans le Cerro Rico, on trouve plus de 200 mines toutes plus ou moins en activité. On vous laisse imaginer le gruyère que c’est…

Pendant plus de deux heures, nous passons de tunnel en tunnel, certains passages se font presque à plat ventre… il ne faut pas penser au fait que quelques mètres au-dessus de nous certains font exploser de la dynamite dans d’autres tunnels. Mais notre guide est sûr de lui, on est sur son lieu de travail. Il nous explique qu’il y a comme des alliance entre mineurs, des corporations qui se partagent et se disputent aussi chaque centimètre cube de la montagne. La lutte entre eux est assez rude et il ne faut rien lâcher. il y a toujours quelqu’un dans la mine qui travaille et tient les positions de son groupe. Nous croisons plusieurs hommes, certains s’accordent une pause et discutent avec nous et d’autres continuent leur besogne consciencieusement. Comme ce père de famille d’une cinquantaine d’années qui travaille avec son fils de 14 ans. Il lui apprend le métier car, il le sait, il ne lui reste pas longtemps à vivre… sa toux n’est pas bon signe.

Notre guide nous explique que son grand-père et son père avaient les mêmes symptômes. Avec le sourire, il nous annonce que lui aussi certainement mourra de cette toux. Quand on le questionne, il avoue quand même qu’il voudrait voir son fils faire autre chose. C’est pour ça qu’il travaille comme guide pour lui payer un avenir.

La visite se termine par un arrêt auprès du dieu de la mine. Une sorte de petit démon avec des parties très avantageuses… un moyen d’affirmer la virilité de ce dieu mais aussi des mineurs. Car comme nous l’explique notre guide, entre eux, ils préfèrent ne pas parler de leur situation et s’attardent sur un sujet bien plus divertissant: les femmes. D’ailleurs chacun se félicite d’avoir au moins une voire plusieurs maitresses en plus de sa femme officielle. Sans ça, ils sont souvent moqués par leurs copains! PHOTO

C’est ainsi que se termine cette visite qui nous aura bien remis les idées en place. On ne regrette vraiment pas d’être descendus dans ces mines qui renferment des hommes à la fois durs mais touchants. L’un d’eux était démoralisé car une de ses machines étaient en panne, mais il a pris le temps de parler, de faire connaissance. Un autre était persuadé que ses coups de marteau allaient révélé un filon et peu importe s’il y laissait sa vie… bref, une belle leçon de vie.

Le retour à Potosi se fait calmement, on repense à tout ce qu’on a vu ces dernières heures. Mais pas le temps de trainer… les dernières salteñas et un petit café plus tard nous voici en route pour la gare routière, direction Sucre, le deuxième capitale du pays.

Ce père de famille qui travaille malgré la maladie...
Le "Cerro Rico" qui renferme tant d'histoire